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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 13:08

 

  Grenouilles.gif

 

 

 

 

Un jour d'été, une grenouille dit à son compagnon : "Je crains que les habitants de cette maison sur la rive ne soient perturbés par nos chants nocturnes. "

 

Et son compagnon lui dit : " Ah bon, n'importunent-ils pas notre silence durant la journée avec leurs conversations ?"

 

La Grenouille dit : " Rappelons-nous qu'il se pourrait que nous chantions trop dans la nuit."

 

Et son compagnon répondit : " Rappelons-nous qu'ils bavardent et crient à l'excès durant la journée."

 

Et la grenouille dit : " Qu'en est-il de la grosse grenouille qui perturbe tout le voisinage avec son coassement, que Dieu nous en préserve. "

 

Et son compagnon répondit : " Oui, et que dire du politicien, du prêtre et du scientifique qui viennent jusqu'à ces rives pour remplir l'air de bruit dénue de rime. "

 

Puis la grenouille dit : " Bon, soyons mieux que ces êtres humains. Soyons silencieux la nuit, et gardons nos chants dans nos coeurs, même si la lune interpelle notre rythme et les étoiles, notre rime. Au moins, soyons silencieux pour une ou deux nuits, ou même pour trois nuits. "

 

Et son compagnon dit : " Très bien, j'accepte. Nous verrons ce que pourra rapporter la bonté de ton coeur. "

 

Cette nuit-là, les grenouilles furent silencieuses ; et elles le furent également les deux nuits suivantes.

 

Et chose curieuse, la femme bavarde, qui vivait dans la maison près du lac, descendit prendre son petit déjeuner, le troisième jour et elle parla à son mari en criant : " Je n'ai pas dormi ces trois dernières nuits. J'étais en sécurité dans mon sommeil lorsque j'entendais le coassement des grenouilles. Mais quelque chose a dû se passer. Elles n'ont pas chanté durant trois nuits ; et l'insomnie m'a rendu presque folle. "

 

Ayant entendu cela, la grenouille se tourna vers son compagnon et lui dit en clignant de l'oeil : " Et le silence nous a rendus presque fous, n'est-ce-pas ? "

 

Et son compagnon répondit : "Oui, le silence de la nuit était lourd. Je peux comprendre maintenant que nous n'avons pas besoin de cesser de chanter pour le confort de ceux qui doivent remplir leur vide de bruit. "

 

Cette nuit-là, la lune n'interpella pas en vain leur rythme ni les étoiles, leur rime.

 

 

 

 

 

Khalil Gibran,

Extrait L'Errant, 1932 (oeuvre posthume)

 

 

 

 

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Published by Khalil Gibran - dans Textes de Khalil Gibran
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