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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 17:55
Recueil Le Phénix - Paul Eluard

Recueil « Le phénix » Paul Eluard paru 1951

 

Le Phénix rend hommage à Dominique la troisième compagne de Paul Eluard. Grâce à elle, tel le phénix, le poète renaît de ses cendres après le départ de Gala et la mort prématurée de Nusch, ses deux premières muses. De très beaux poèmes, chantant la vie, la femme et l’amour renaissant

 

 

Air Vif

 

J’ai regardé devant moi

Dans la foule je t’ai vue

Parmi les blés je t’ai vue

Sous un arbre je t’ai vue

 

Au bout de tous mes voyages

Au fond de tous mes tourments

Au tournant de tous les rires

Sortant de l’eau et du feu

 

L’été l’hiver je t’ai vue

Dans ma maison je t’ai vue

Entre mes bras je t’ai vue

Dans mes rêves je t’ai vue

 

Je ne te quitterais plus.

 

Paul Eluard

 

Certitude

 

Si je te parle c’est pour mieux t’entendre

Si je t’entends je suis sûr de comprendre

 

Si tu souris c’est pour mieux m’envahir

Si tu souris je vois le monde entier

 

Si je t’étreins c’est pour me continuer

Si nous vivons tout sera à plaisir

 

Si je te quitte nous nous souviendrons

Et nous quittant nous nous retrouverons.

 

Paul Eluard

 

 

Chanson

 

Dans l’amour la vie a encore

L’eau pure de ses yeux d’enfant

Sa bouche est encore une fleur

Qui s’ouvre sans savoir comment

 

Dans l’amour la vie a encore

Ses mains agrippantes d’enfant

Ses pieds partent de la lumière

Et ils s’en vont vers la lumière

 

Dans l’amour la vie a toujours

Un cœur léger et renaissant

Rien n’y pourra jamais finir

Demain s’y allège d’hier.

 

Paul Eluard

 

 

Dominique aujourd’hui présente

 

 

Toutes les choses au hasard

Tous les mots dits sans y penser

Et qui sont pris comme ils sont dits

Et nul n’y perd et nul n’y gagne

 

Les sentiments à la dérive

Et l’effort le plus quotidien

La vague souvenir des songes

L’avenir en lutte à demain

 

Les mots coincés dans un enfer

De roues usées de lignes mortes

Les choses grises et semblables

Les hommes tournant dans le vent

 

Muscles voyants squelette intime

Et la vapeur des sentiments

Le cœur réglé comme un cercueil

Les espoirs réduits à néant

 

Tu es venue à l’après midi crevait la terre

Et la terre et les hommes ont changé de sens

Et je me suis trouvé réglé comme un aimant

Réglé comme une vigne

 

A l’infini notre chemin le but des autres

Des abeilles volaient futures de leur miel

Et j’ai multiplié mes désirs de lumière

Pour en comprendre la raison

 

Tu es venue j’étais très triste j’ai dit oui

C’est à partir de toi que j’ai dit oui au monde

Petite fille je t’aimais comme un garçon

Ne peut aimer que son enfance

 

Avec la force d’un passé très loin très pur

Avec le feu d’une chanson sans fausse note

La pierre intacte et le courant furtif du sang

Dans la gorge et les lèvres

 

Tu es venue le vœu de vivre avait un corps

Il creusait la nuit lourde il caressait les ombres

Pour dissoudre leur boue et fondre leurs glaçons

Comme un œil qui voit clair

 

L’herbe fine figeait le vol des hirondelles

Et l’automne pesait dans le sac des ténèbres

Tu es venue les rives libéraient le fleuve

Pour le mener jusqu’à la mer

 

Tu es venue plus haute au fond de ma douleur

Que l’arbre séparé de la forêt sans air

Et le cri du chagrin du doute s’est brisé

Devant le jour de notre amour

 

Gloire l’ombre et la honte ont cédé au soleil

Le poids s’est allégé le fardeau s’est faire rire

Gloire le souterrain est devenu sommet

La misère s’est effacée

 

La place d’habitude où je m’abêtissais

Le couloir sans réveil l’impasse et la fatigue

Se sont mis à briller d’un feu battant des mains

L’éternité s’est dépliée

 

Ô toi mon agitée et ma calme pensée

Mon silence sonore et mon écho secret

Mon aveugle voyante et ma vue dépassée

Je n’ai plus eu que ta présence

 

Tu m’as couvert de ta confiance.

 

Paul Eluard

 

 

Et un sourire

 

La nuit n’est jamais complète

Il y a toujours puisque je le dis

Puisque je l’affirme

Au bout du chagrin une fenêtre ouverte

Une fenêtre éclairée

Il y a toujours un rêve qui veille

Désir à combler faim à satisfaire

Un cœur généreux

Une main tendue une main ouverte

Des yeux attentifs

Une vie la vie à se partager

 

Paul Eluard

 

 

Il faut bien y croire

 

Les jeux de ces curieux enfants qui sont les nôtres

Jeux simples qui leur font les yeux émerveillés

Pleins d’une fièvre qui les rapproche et les éloigne

Du monde où nous rêvons de faire place aux autres

 

Les jeux d’azur et de nuages

De gentillesses et de courses à la mesure d’un cœur futur

Qui ne sera jamais coupable

Les yeux de ces enfants qui sont nos yeux anciens

 

Nous eûmes plus de charmes que jamais les fées.

 

 

Paul Eluard

 

 

Je t’aime

 

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues

Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécus

Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud

Pour la neige qui font pour les premières fleurs

Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas

Je t’aime pour aimer

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas

 

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu

Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte

Entre autrefois et aujourd’hui

Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille

Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir

Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie

Comme on oublie

 

Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne

Pour la santé

Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion

Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas

Tu crois être le doute et tu n’es que raison

Tu es le grand soleil qui me monte à la tête

Quand je suis sûr de moi.

 

1950 – Paul Eluard

 

 

 

Marine

 

Je te regarde et le soleil grandit

Il va bientôt couvrir notre journée

Eveille-toi cœur et couleur en tête

Pour dissiper les malheurs de la nuit

 

Je te regarde tout est nu

Dehors les barques ont jeu d’eau

Il faut tout dire en peu de mots

La mer est froide sans amour

 

C’est le commencement du monde

Les vagues vont bercer le ciel

Toi tu te berces dans tes draps

Tu tires le sommeil à toi

 

Eveille-toi que je suive tes traces

J’ai un corps pour t’attendre pour te suivre

Des portes de l’aube aux portes de l’ombre

Un corps pour passer ma vie à t’aimer

 

Un cœur pour rêver hors de ton sommeil

Paul Eluard

 

 

Nous deux

 

Nous deux nous tenant par la main

Nous nous croyons partout chez nous

Sous l’arbre doux sous le ciel noir

Sous tous les toits au coin du feu

Dans la rue vide en plein soleil

Dans les yeux vagues de la foule

Auprès des sages et des fous

Parmi les enfants et les grands

L’amour n’a rien du mystérieux

Nous sommes l’évidence même

Les amoureux se croient chez nous

 

Paul Eluard

 

 

Printemps

 

Il y a sur la plage quelques flaques d’eau

Il y a dans les lois des arbres fous d’oiseaux

La neige fond dans la montagne

Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs

Que le pâle soleil recule

 

C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur

Que je vis ce printemps près de toi l’innocente

Il n’y a pas de nuit pour nous

Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi

Et tu ne veux pas avoir froid

 

Notre printemps est un printemps qui a raison

 

Paul Eluard

 

 

Sérénité

 

Mes sommets étaient à ma faille

J’ai roulé dans tous mes ravins

Et je suis bien certain que ma vie est banale

Mes amours ont poussé dans un jardin commun

Mes vérités et mes erreurs

J’ai pu les peser comme on pèse

Le blé qui double le soleil

Ou bien celui qui manque aux granges

J’ai donné à ma soif l’ombre d’un gouffre lourd

J’ai donné à ma joie de comprendre la forme

D’une jarre parfaite

 

Paul Eluard

 

 

Le phénix

 

Je suis le dernier sur ta route

Le dernier printemps la dernière neige

Le dernier combat pour ne pas mourir

Et nous voici plus bas et plus haut que jamais

 

Il y a de tout dans notre bûcher

Des pommes de pins des sarments

Mais aussi des fleurs plus fortes que l’eau

 

De la boue et de la rosée

 

La flamme est sous nos pieds la flamme nous couronne

A nos pieds des insectes des oiseaux des hommes

Vont s’envoler

 

Ceux qui volent vont se poser

 

Le ciel est clair la terre est sombre

Mais la fumée s’en va au ciel

Le ciel a perdu tous ces feux

 

La flamme est restée sur la terre

 

La flamme est la nuée de cœur

Et toutes les branches du sang

Elle chante notre air

 

Elle dissipe la buée de notre hiver

 

Nocturne et en horreur a flambé le chagrin

Les cendres ont fleuri en joie et en beauté

Nous tournons toujours le dos au couchant

 

Tout à la couleur de l’aurore

 

Paul Eluard

 

 

 

 

 

 

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