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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 13:16

 

 

  joies-de-la-famille.jpg

Joie de la Famille photo Géo.fr

 

 

 

 

 

Lorsque l'enfant paraît,

 

Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille

Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille

Fait briller tous les yeux,

Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être

Se dérident soudain à voir l'enfant paraître

Innocent et joyeux.

 

Soit que juin ait verdi mon seuil ou que novembre

Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre

Les chaises se toucher,

Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire

On rit, on se récrie, on l'appelle et sa mère

Tremble à le voir marcher

 

Quelque fois, nous parlons, en remuant la flamme,

De patrie et de Dieu, des poètes, de l'âme

Qui s'élève en priant ;

L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie

Et les poètes saints ! la grave causerie

S'arrête en souriant.

 

La nuit, quand l'homme doit, quand l'esprit rêve, à l'heure

Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure

L'onde entre les roseaux

Si l'aube tout à coup, là-bas, lui comme un phare

Sa clarté dans les champs éveille une fanfare

De cloches et d'oiseaux !

 

Enfants, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine

Qui des plus douces fleurs embaume son haleine

Quand vous la respirez ;

Mon âme est la forêt dont les sombres ramures

S'emplissent pour vous seul de suaves murmures

Et de rayons dorés !

 

Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies

Car vos petites mains, joyeuses et bénies

N'ont point mal fait encore ;

Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange

Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! Bel ange

A l'auréole d'or !

 

Vous êtes parmi nous la colombe de l'arche

Vos pieds tendres et purs n'ont point l'âge où l'on marche

Vos ailes sont d'azur

Sans le comprendre encore, vous regardez le monde

Double virginité ! Cors où rien n'est immonde

Âme où rien n'est impur !

 

Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire

Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire

Ses pleurs vite apaisés

Laissant errer sa vue étonnée et ravie

Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie

Et sa bouche aux baisers!

 

Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j'aime

Frères, parents, amis et ennemis même

Dans le mal triomphant

De jamais voir, Seigneur ! l'été sans fleurs vermeilles

La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles

La maison sans enfants.

 

 

Victor Hugo, Les feuilles d'automne

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Published by Victor Hugo - dans Au coeur de la poésie
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