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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 13:09

 

 

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2ème partie

 

 

New York, Dimanche soir 2 décembre 1923, dix heures

 

 

 

 

Notre journée fut on ne peut plus chargée. Depuis neuf heures du matin jusqu'à maintenant, nous n'avons cessé de prendre congé de visiteurs que pour en accueillir aussitôt de nouveaux. Mais tout ce temps-là, j'ai regardé ma compagne, minute après minute, et je lui disais : je remercie et loue Dieu, je Le remercie et Le loue, car nous nous sommes une fois de plus rencontrés dans notre verger, et nous avons chacun dans notre poche un morceau de pain à la place d'un livre ou d'un carnet de croquis. Je remercie et loue Dieu, car nous sommes revenus une fois de plus pour rassembler notre troupeau dans la vallée sereine après avoir tous deux enseigné quelque temps. Je remercie et loue Dieu parce que la douce Miriam m'entend en silence et comprend ma ferveur tout comme je comprends sa compassion.

 

J'ai loué Dieu et remercié ce jour et sa durée parce que, pendant toute cette journée, May a parlé avec ma langue, elle m'a donné sa main et j'ai pu ainsi tendre sa main aux autres. Toute la journée, j'ai vu à travers ses yeux, percevant de la bonté sur le visage de chacun, et écouté avec ses oreilles, entendant la douceur de chaque voix.

 

Vous vous enquérez de ma santé, et quand vous le faites, mon être tout entier se trouve transformé en une mère pleine de compassion. Je me porte comme un charme. L'indisposition dont j'ai parlé auparavant m'a quitté, et m'a laissé solide et avec un bon moral malgré les cheveux gris qui sont apparus sur mes tempes ! Ce qu'il y a d'étrange, c'est que je me suis soigné sans aucune aide.J'ai fait montre de bon sens et de résolution, convaincu que les médecins sont des rêveurs perdus dans les vallées de la spéculation et du doute. Ils étaient bien plus intéressés par l'étude des "effets" et ont tenté de les traiter avec des médicaments, ils n'accordèrent guère d'attention aux "causes". Et puisque "le maître de maison est celui qui sait le mieux ce qui s'y trouve", je suis allé en mer et dans les bois, et j'y ai passé six longs mois sans interruption, en conséquence de quoi "causes" et "effets" se sont dissipés.

 

Que diriez-vous d'écrire à quatre mains un livre sur la médecine moderne ? Seriez-vous prête à en partager la paternité littéraire avec moi ?

 

Nous sommes désormais confronté à une question importante, dont nous devons discuter : vous vous rappelez sans doute qu'il y a quelques semaines, vous m'aviez révélé un très grand "secret" ; et vous vous rappelez aussi que vous ne m'avez pas révélé le "secret" tant que je n'aurais pas accepté vos "conditions". Le plus étrange, c'est que j'ai accepté les conditions avant même de les connaître. Quelles sont ces conditions ? S'il vous plaît, chère amie, dites-le moi, je suis prêt à les affronter toutes. Vous avez hésité longuement avant de révéler "vos pensées secrètes", aussi ne fait-il aucun doute que vous êtes très anxieuse de me dévoilerr ces conditions. Que voulez-vous, allez-vous me le dire à la fin ? Quelles sont les garanties et quels sont les termes du contrat que vous exigez ? Les conditions sont les conditions, et celui qui est vaincu doit les accepter et les honorer. Le problème de la Ruhr est un problème déjà bien suffisant pour le monde !

 

Mais je ne vous cacherai pas qu'après avoir rempli vos conditions, j'irai examiner cette fossette ou semblant de fossette qui ridiculise mon menton ! Pensez-vous que je puisse me montrer indulgent envers tout ce qui rend mon menton grotesque et déprécie la finesse du reste ? Jamais !

 

Je couvrirai cette maudite fossette qui ne respecte pas ce qui l'entoure, "cette fossette si remarquable dans son intransigeance et sa malveillance." Je l'enfouirai sous une longue barbe épaisse, je l'ensevelirai dans cette partie de ma pilosité qui grisonne, et la reléguerai dans un cercueil fait de la partie qui est restée noire. En effet, je me vengerai de cette imprudente fossette, qui ignore qu'elle colle à la peau de celui dont la colère déclenche celle de tous les êtres et dont le sourire fait éclore ceux de tous.

 

Nous reprendrons demain notre conversation, mais montons à présent sur le toit pour regarder un instant les étoiles dans le ciel nocturne. Dites-moi, ma tendre aimée, la nuit est-elle plus profonde et plus merveilleuse que le coeur de l'homme ? Les galaxies sont-elles plus impressionnantes et plus belles que ce qui émeut le coeur de l'homme ? Y a-t-il, dans la nuit et les étoiles, quelque chose de plus sacré que la flamme blanche qui tressaute dans la main de Dieu ?

 

 

[non signée]

 

 

 

 

 


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Published by Khalil Gibran - dans Textes de Khalil Gibran
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