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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 11:55

 

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New York, 26 février 1924

 

 

 

 

Aujourd'hui, nous subissons une terrible tempête de neige. Mary, vous savez combien j'aime toutes les tempêtes, en particulier les tempêtes de neige. J'aime la neige, j'aime sa blancheur, j'aime la neige qui tombe et son profond silence. J'aime la neige au fond des lointaines vallées inconnues où les flocons scintillent à la lumière du soleil, clignotant un instant avant de fondre et de lentement couler en murmurant leur chant.

 

J'aime la neige et le feu, tous deux naissent de la même source, mais mon amour pour eux n'a jamais été qu'une prédisposition pour un amour plus puissant, plus vaste et plus sublime.

Comme ces mots sonnent bien :

 

May, nous célébrons aujourd'hui notre anniversaire,

Et en vous nous célébrons la vie.

 

Quelle différence entre ces vers arabes et ceux qui m'a envoyés récemment un poète américain :

Votre honneur et votre récompense

Seront d'être crucifié.

 

Peu importe ! La seule chose qui compte à mes yeux est de recevoir cet honneur et cette récompense avant que la fin n'arrive.

Revenons à la question de votre "anniversaire". Je souhaite savoir quel jour de l'année est née ma douce aimée. Je veux le savoir. J'aime les anniversaires et les célébrer. Mais l'anniversaire de Mary aura la priorité absolue. Vous me direz : "Chaque jour est mon anniversaire, Gibran", et je répondrai : "Oui, et je célébrerai votre anniversaire chaque jour, mais il doit y avoir un anniversaire spécial une fois par an".

 

Je suis heureux que vous m'avez dit que ma barbe ne m'appartient pas vraiment. Je m'en réjouis immensément, et je pense que le renoncement à ma barbe est l'une des ces clauses d'importance vitale. Cette barbe a occupé nombre de mes pensées et m'a valu des épreuves fort inutiles. Mais à présent que ma barbe relève de la responsabilité de quelqu'un d'autre que moi, je lui épargnerai le contact de ma main et le tranchant de mon rasoir. Laissons-en la responsabilité à celui qui en réclame la propriété. Que Dieu bénisse celui qui en réclame la propriété. Toutefois, votre perspicacité m'évite de devoir me soucier de l'aspect pratique de la taille en question....

 

SIC TRANSIT GLORIA MUNDI

("Ainsi passe la gloire du monde"Pensée tirée de l'Imitation de Jésus-Christ)

 

... Voyez, ma douce aimée, comment la plaisanterie nous a entraînés dans le Saint des Saints de la vie. Le [mot arabe] rafiqah (compagnon) a fait battre mon coeur, aussi me suis-je levé pour arpenter la pièce comme si je cherchais ma "compagne". Quel étrange effet peuvent avoir parfois sur nous certains mots - et que le son que fait ce mot ressemble au carillon des cloches de l'église. C'est la transmutation de cette essence invisible, passant de la simple expression au silence, de la simple action à l'adoration.

 

Vous me dites que vous avez peur de l'amour ; pourquoi cela, ma tendre amie ? Avez-vous peur de la lumière du soleil ? Avez-vous peur du flux et du reflux de la mer ? Avez-vous peur du jour naissant ? Avez-vous peur du retour du printemps ? Je me demande pourquoi vous avez peur de l'amour ?

 

Je sais que l'amour d'une âme basse ne peut vous satisfaire, tout comme je sais qu'il ne peut pas me plaire. Vous et moi ne sauront jamais nous satisfaire de ce qu'il y a de mesquin dans l'esprit. Nous voulons tout en quantité. Nous voulons tout avoir. Nous voulons la perfection. Je dis, Mary, que dans cette aspiration qui est la nôtre se trouve notre accomplissement, car si notre volonté n'était qu'une ombre parmi les innombrables ombres de Dieu, nul doute que nous atteindrions l'un des nombreux rayons de Sa lumière.

 

Oh ! Mary, n'ayez pas peur de l'amour ! N'ayez pas peur de l'amour, amie de mon coeur. Nous devons nous soumettre à lui malgré ce qu'il peut nous apporter de souffrance, de désolation, de nostalgie, de perplexité et de confusion.

 

Ecoutez, Mary : aujourd'hui, je suis dans une prison de désirs, qui sont nés lorsque moi-même je suis venu au monde. Et aujourd'hui, je me trouve entravé par les chaînes d'une idée aussi vieille que les saisons de l'année. Pouvez-vous faire montre de mansuétude à mon égard, dans ma prison, afin que nous puissions émerger enfin à la lumière du soleil ? Resterez-vous près de moi jusqu'à ce que ces chaînes soient détruites et que nous puissions marcher librement et dans entraves jusqu'au sommet de la montagne ?

 

Et maintenant, venez plus près, rapprochez votre front de moi - comme ceci, comme ceci, et que Dieu vous bénisse et vous protège, compagne bien-aimée de mon coeur.

 

 

Gibran

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Khalil Gibran - dans Textes de Khalil Gibran
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