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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 08:45

 

 khalil gibran

 

 

 

New York, 6 février 1925

 

 

[Le texte suivant figure au dos d'une carte postale représentant un tableau de Léonard de Vinci, que contenait une enveloppe datée du 6-2-25]

 

Mary

 

Je n'ai jamais regardé une oeuvre de Léonard de Vinci sans ressentir au fond de moi la puissance de son charme, ni sans avoir conscience qu'une partie de son âme pénètre la mienne. J'étais un petit garçon quand j'ai découvert pour la première fois les dessins de cet homme incroyable. Ç'à été un moment que je n'oublierai jamais, aussi longtemps que je vivrai, et durant cette période de ma vie, cela a eu sur moi l'effet d'une aiguille de boussole sur un bateau perdu dans le brouillard.

 

J'ai retrouvé aujourd'hui cette carte au milieu de mes papiers, et j'ai pensé à vous l'envoyer afin que vous vous familiarisez avec ces choses qui ont plongé mes années de jeunesse dans les vallées des ténèbres et de la solitude et [fait naître en moi] un attrait pour l'inconnu.

Que Dieu vous protège.

 

 

Gibran

 

 

 

************************

 

 


May Ziade 

 

New York, 23 mars 1925

 

 

Mary,

 

Ce petit dossier a été chez vous cause de tracas et d'inquiétude. Pardonnez-moi. Je croyais l'avoir envoyé par le chemin le plus rapide et le plus facile, mais ç'a été tout le contraire. Veuillez me pardonnez, ma douce amie, et les cieux vous en seront gré.

Ainsi, vous avez coupé vos cheveux. Vous avez coupé ces tresses noires avec leurs belles torsades. Que puis-je vous dire ? Que puis-je vous dire quand les ciseaux ont coupé court à tout blâme ?

Aucune importance ! Aucune importance ! Car je ne puis aller contre le conseil que vous a donné le coiffeur italien... Que Dieu ait pitié des âmes des aïeux de tous les Italiens.

Non contente de m'informer de cette immense perte, ma chère amie a désiré ajouté l'insulte au préjudice en s'adressant (à moi comme à) "un poète et un artiste qui s'est enamouré d'une élégante chevelure blonde, car il ne tire de plaisir que de cheveux blonds, ne chante les louanges que des cheveux blancs et ne peut supporter que l'existence des têtes à cheveux blonds".

Ô Seigneur, mon Dieu pardonne à Mary chacun des mots qu'elle a prononcés, pardonne-lui, et lave ses péchés avec l'éclat de ta lumière divine. Révèle-lui, dans ses rêves comme à ses heures de veille, le "catholicisme" fervent de Ton serviteur Gibran dans tout ce qui a trait à ta beauté. Ô Dieu, envoie  l'un de Tes anges pour l'informer que Ton serviteur vit dans un ermitage aux innombrables fenêtres, grâce auxquelles il peut observer les manifestations de Ta beauté et de Ton excellence en toutes choses et en tous lieux, qu'il chante les louanges des cheveux noirs autant que celles des cheveux blonds, et qu'il s'émerveille tout autant devant des yeux noirs que devant des yeux bleus. Je t'en supplie, mon Seigneur et mon Dieu, exhorte Mary à ne pas humilier les poètes et les artistes en la personne de Ton serviteur Gibran.... Amen

Après cette longue prière, comment pouvez-vous attendre de moi que je discute des inconvénients des barbes naturelles ? Totalement impossible ! Cependant, je chercherai un coiffeur italien dans cette ville, et lui demanderai s'il est capable de transformer une barbe naturelle et non taillée en une simple barbe arrondie - arrondie, autrement dit, arrondie avec un compas !

Puisque je fais autorité en matière chirurgicale, je ne crains guère une intervention.

Mais revenons à cette discussion sur vos yeux.

Comment vont vos yeux, Mary ? Vous savez, vous savez au fond de votre coeur que la santé de vos yeux me préoccupe beaucoup. Comment pouvez-vous en douter quand c'est avec vos yeux que vous voyez ce qui est caché derrière le voile ? Vous savez que le coeur humain est régi par les lois de la distance et de la mesure, et que le sentiment le plus fort et le plus profondément ancré dans notre coeur est celui auquel nous succombons, et qu'en y succombant nous éprouvons plaisir, réconfort et tranquillité, quand bien même nous sommes incapables d'expliquer ou d'analyser sa nature. Il suffit que ce sentiment soit profond, fort et divin. Alors pourquoi questionnez-vous et doutez-vous ? Lequel d'entre nous, Mary, est capable de traduire le langage du monde invisible dans le langage du monde visible ? Lequel d'entre nous peut dire : "Dans mon âme brûle une flamme blanche, en voici les raisons et voici quels en seront les effets" ?

J'ai demandé des nouvelles de vos yeux, Mary, parce que je m'inquiète beaucoup à leur sujet, parce que j'aime leur lumière, j'aime leur regard lointain et j'aime les images qui dansent dans leurs regards rêveurs.

Mais mon intérêt pour vos yeux ne signifie en rien que je me soucie moins de votre front ou de vos doigts.

Que Dieu vous bénisse, Mary bien-aimée, et qu'Il bénisse vos yeux, votre front, vos doigts, et qu'Il vous garde toujours pour moi.

 

Gibran

 

 


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Published by Khalil Gibran - dans Textes de Khalil Gibran
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