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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 14:20

 

 

 

 

 

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     Et un autre disciple lui dit : "Parle-nous de ce qui se meut en cet instant même dans ton coeur."

      Il regarda ce disciple, et il y avait dans sa voix un son pareil au chant d'une étoile lorsqu'il dit : "Dans votre rêve éveillé, lorsque dans le silence vous prêtez l'oreille à votre moi le plus profond, vos pensées, comme des flocons de neige, tombent en virevoltant pour recourir d'un blanc silence tous les sons de vos espaces.

      Et que sont les rêves éveillés sinon des nuages qui bourgeonnent et fleurissent sur l'arbre céleste de votre coeur ? Et que sont vos pensées sinon les pétales que les vents de votre coeur dispersent sur les champs et les collines ?

      Comme vous attendez la paix jusqu'à ce qu'en vous l'informe prenne forme, ainsi les nuages se rassemblent et dérivent jusqu'à ce que les Doigts bénis transforment cette grisaille de désir en petits soleils, lunes et étoiles de cristal."

     Puis Sarkis, celui qui doutait souvent, parla et dit : "Mais le printemps viendra, et toutes les neiges de nos rêves et de nos pensées vont fondre et disparaître."

    Il répondit alors : "Quand le Printemps viendra chercher Sa bien-aimée dans les bosquets et les vignes assoupis, les neiges fondront, certes, et couleront à flots, recherchant le fleuve dans la vallée et offrant leur coupe aux myrtes et aux lauriers.

 

 

    C'est ainsi qu'à l'arrivée de votre Printemps, la neige de votre coeur fondra et votre secret coulera à flots recherchant le fleuve de la vie dans la vallée. Et le fleuve portera votre secret pour le remettre à la haute mer.

    Toutes choses fondront et se transformeront en chanson, avec l'arrivée du Printemps.  Même les étoiles, ces immenses flocons de neige qui tombent lentement sur ces vastes champs, se transformeront en rivières chantantes. Lorsque le soleil de Son visage apparaîtra au-dessus du large horizon, quelle harmonie glacée ne se changera en mélodie liquide ?

Et qui d'entre vous ne voudrait pas offrir une coupe aux myrtes et aux

lauriers ?

    Hier encore vous voguiez au rythme de la mer mouvante, et vous étiez sans être ni rivage. Puis le vent, le souffle de la Vie, vous a tissé tel un voile de lumière sur son visage ; sa main vous a rassemblés pour vous donner forme et, la tête haute, vous avez scruté les hauteurs. Mais la mer vous a suivis, et son chant a toujours été avec vous. Bien que vous ayez oublié vos liens de parenté, la mer revendiquera toujours son titre de mère et vous appellera toujours vers elle.

 

 

     Lorsque vous errez dans les montagnes et les déserts, vous vous souviendrez toujours de ses fraîches profondeurs de son coeur. Et bien que souvent vous ignoriez l'objet de votre nostalgie, alors qu'en réalité votre nostalgie est pour sa paix immense et rythmée.

     Et comme pourrait-il en être autrement ? Dans les bosquets et les charmilles, quand la pluie danse comme des feuilles sur la colline, et que la neige tombe comme une bénédiction et une alliance ; dans la vallée, lorsque vous menez vos troupeaux à la rivière ; dans vos champs, où les cours d'eau, comme des bandes argentées, se rejoignent dans le vêtement de verdure ; dans vos jardins, lorsque la rosée du matin reflète le ciel ; dans vos prés, quand la brume du soir couvre à moitié votre chemin d'un voile ; en tous ces lieux, c'est la mer qui est avec vous, témoignant de votre héritage et réclamant votre amour.

     C'est le flocon de neige en vous qui se précipite vers la mer."

 

 

     Et un matin, comme ils se promenaient dans le Jardin, une femme arriva devant le portail. C'était Karima, celle qu'Al-Moustafa avait aimé comme une soeur dans son enfance. Elle restait l'extérieur sans rien demander, sans même frapper au portail, se contentant de contempler le Jardin avec désir et tristesse.

     Al-Mousafa vit ce désir sur ses paupières. Et d'un pas rapide, il se dirigea vers le mur du Jardin et lui ouvrit le portail. Elle entra et il lui souhaita la bienvenue.

     Elle dit alors : "Pourquoi t'est-tu éloigné de nous tous, si bien que nous n'avons pas pu vivre à la lumière de ton visage ? Car, vois-tu, pendant toutes ces années nous t'avons aimé et nous avons ardemment attendu que tu retournes sain et sauf. Et maintenant le peuple te réclame pour parler avec toi. Je suis leur messagère, venue te supplier de te montrer à eux tous et de leur parler en toute franchise de ta sagesse, réconfortant ainsi nos coeurs brisés et maîtrisant nos folies."

 

 

     Il la regarda et lui dit : "Ne m'appelle pas sage, à moins de traiter tout homme de sage. Je suis un jeune fruit, encore accroché à sa branche, et hier encore je n'étais qu'une fleur.

     Et ne traite aucun d'entre vous de fou, car en vérité nous ne sommes ni des sages ni des fous. Nous sommes des feuilles vertes sur l'arbre de la Vie, et la vie elle-même est au-delà de la sagesse et sûrement au-delà de la folie.

    Et me suis-je vraiment éloigné de vous ? Ignores-tu qu'il n'est aucune distance, exceptée celle que l'âme n'a pas franchie en imagination ? Et quand l'âme franchira cette distance, celle-ci se transformera en un rythme dans l'âme.

     La distance qui vous sépare d'un proche voisin à qui vous n'avez pas donne votre amitié est en réalité plus grandes que celle qui vous sépare de l'être aimé qui habite au-delà des sept terres et des sept mers.

     Car dans le souvenir, les distances sont abolies ; et c'est seulement dans l'oubli que se creuse un gouffre que ni votre voix ni vos yeux ne peuvent franchir.

 

 

     Entre les rivages des océans et le sommet de la plus haute montagne, il existe une voie secrète que vous devez absolument parcourir avant de ne faire plus qu'un avec les fils de la terre.

     Entre votre connaissance et votre compréhension, il existe un sentier secret que vous devez absolument découvrir avant de ne faire qu'un avec l'homme, et par conséquent avec vous-mêmes.

     Entre votre main droite qui donne et votre main gauche qui reçoit, la distance est grande. C'est seulement en considérant que vos deux mains sont capables à la fois de donner et de recevoir que vous pouvez les rapprocher ; car c'est seulement en prenant conscience que vous n'avez rien à donner  ni rien à recevoir que vous pourrez maîtriser la distance.

 

 

    En vérité, la distance la plus longue est celle qui se situe entre votre vision en somnolence et celle en état de veille, entre ce qui n'est qu'une action et ce qui est un désir.

     Il existe encore une autre voie qu'il vous faut parcourir avant de ne faire qu'un avec la Vie. Mais de cette route je ne vous parlerai pas maintenant, car je vois que vous êtes déjà fatigués de voyager.

 

 

 

 

Le Jardin du Prophète

Khalil Gibran

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Published by Khalil Gibran - dans Textes de Khalil Gibran
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