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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 16:58

 

 

 

 

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               Et un jour alors qu'ills étaient à l'ombre des peupliers blancs, l'un des disciples dit : "Maître, le temps me fait peur. Il passe sur nous et nous dérobe notre jeunesse. Et que nous donne-t-il en échanger ?"

 

            Et il répondi : "Si maintenant tu prends une poignée de bonne terre. Y trouveras-tu une graine ou peut être un ver de terre ? Et si ta main était assez grande et assez patiente, la graine pourrait devenir une forêt, et le ver de terre une nuée d'anges. N'oublie pas que les années qui transforment les graines en forêts et les vers en anges appartiennent à ce Maintenant, toutes les années font partie de ce même Maintenant.

 

           Et que sont les saisons de l'année sinon vos propres pensées qui évoluent ? Le printemps est un réveil dans votre coeur, et l'été n'est qu'une reconnaissance de votre propre fécondité. L'automne n'est-il pas le vieux en vous qui chante une berceuse à ce qui est resté enfant en vous ? Et qu'est-ce que l'hiver, je vous le demande, sinon une somnolence enceinte des rêves de toutes les autres saisons ?"

 

            Puis Mannus, le disciple curieux, regarda autour de lui et vit des plantes en fleurs accrochées à un sycomore. Et il dit : "Regarde ces parasites, Maîtres. Qu'en dis-tu ? Ce sont des voleurs aux paupières lasses qui volent la lumière aux vigoureux enfants du soleil, et qui s'embellissent aux dépens de la sève qui coule dans leurs branches et leurs familles."

 

             Il lui répondit : "Mon amis, nous sommes tous des parasites. Nous qui travaillons à changer la tourbe en pulsions de vie, nous ne sommes pas supérieurs à ceux qui reçoivent la vie directement de cette tourbe sans rien en savoir.

            Une mère dira-t-elle à son enfant : "Je te rends à la forêt, ta prime mère, car tu me fatigues le coeur et les mains" ?

            Ou le chanteur critiquera-t-il son propre chant, disant : "Retourne à présent à la caverne des échos d'où tu es venu, car ta voix m'épuise le souffle" ?

            Et le berger dira-t-il à son agneau : "Comme je n'ai plus de pâturage où te mener, tu seras donc abattu pour être offert en sacrifice" ?

 

            Non, mon ami, toutes ces choses ont reçu leur réponse avant d'être mises en questions, et elles sont accomplies comme vos rêves avant de vous endormir.

            Nous vivons aux dépens de l'un et de l'autre, selon la loi ancienne et éternelle. Vivons donc dans la bonté. Nous nous cherchons l'un l'autre dans notre solitude, et nous errons dans les rues lorsque nous n'avons pas de feu devant lequel nous asseoir.

 

            Mes amis, et mes frères, le chemin le plus large, c'est votre semblable.

           Ces plantes qui vivent aux dépens de l'arbre tirent le lait de la terre dans la douce quiétude de la nuit ; et la terre, dans ses rêves paisibles, suce le sein du soleil.

            Et le soleil s'assied, au même rang d'honneur que vous et moi ainsi que tout ce qui existe, au banquet du Prince dont la porte est toujours ouverte et dont la table est toujours servie.

 

             Mannus, mon ami, tout ce qui existe vit toujours aux dépens de tout ce qui existe ; et tout ce qui existe vit dans la foi, sans rivage, grâce à la générosité du Très-Haut."

 

 

Gibran Khalil Gibran,

Le Jardin du Prophète

 

Oeuvre posthume 1933

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Published by Khalil Gibran - dans Textes de Khalil Gibran
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