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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 17:10

 

 

Le Monde des Religions - rubrique Savoir : l'artiste et le sacre

mars-avril 2011

 

  khalil gibran

 

Khalil Gibran                       

Le prophète révolté

 

 

 

Peintre, dessinateur et poète, ce "citoyen du monde" d'origine libanaise se nourrit à la fois du christianisme oriental et de la philosophie de Nietzsche. Anticlérical virulent mais viscéralement attaché à la figure de Jésus, l'écrivain proposa une éthique de vie simple et tolérante, ouverte sur soi-même et sur autrui.

 

 

Envoûtée par le charme d'un jeune Oriental aux cheveux soyeux et aux yeux sombres, la poétesse Joséphine Peabody écrit en 1898 : "Ce garçon était fait pour être un prophète." Khalil Gibran a alors 15 ans. Vingt-cinq années plus tard, il publiera son chef-d'oeuvre, Le Prophète, texte initiatique empreint d'une sagesse qui continue d'inspirer des générations de lecteurs.

      Né au pied du plus haut sommet du Liban, dans la vallée de Kadicha, en 1883, Gibran révèle très tôt une personnalité singulière. Esthète, il fond en larmes, à l'âge de 6 ans, devant un livre d'oeuvres de Léonard de Vinci. Contemplatif, il s'émerveille du son enchanteur des rivières dévalant la montagne, du crissement des grillons, de la senteur si délicate des cèdres millénaires. Mystique, il se nourrit du christianisme oriental, étant lui-même issu d'une illustre famille maronite.

 

 

L'exil aux Etats-Unis

 

       Cette terre qu'il chérit, le jeune homme va être contraint de l'abandonner pour suivre sa mère aux Etats-Unis. Exil quasi définitif, puisqu'il ne retournera au Liban qu'entre 1898 et 1902. A Boston où la famille s'installe en 1895, Khalil souffre du vacarme de la ville. Il trouve refuge dans les bibliothèques, les musées, qui lui permettent de renouer avec sa mélodie intérieure propice à la création. Très vite, ses talents sont repérés par des artistes de premier plan, en particulier le photographe Fred Holland Day, qui devient son mécène, puis Mary Haskell, qui allait être à jamais son "ange gardien" - elle finança notamment ses études à Paris, de 1908 à 1910.

Alors que sa famille vit dans la misère, Khalil fréquente les milieux mondains et vend ses premiers dessins. Car si le Libanais doit sa célébrité à ses livres, c'est d'abord comme peintre et dessinateur qu'il fut reconnu - Rodin le qualifia de "nouveau William Blake".

Il excelle dans l'art du portrait, dans les allégories spirituelles peuplées de personnages évanescents.

       Etre éminemment mystique, Gibran n'en est pas moins un révolté, nourri par la philosophie de Nietzsche. Révolté contre la féodalité qui réduit les hommes en esclavage. Révolté contre le joug qu'impose l'Empire ottoman à son pays. Révolté contre son peuple, même, dont il ne comprends pas la passivité face à l'occupant, et qu'il n'aura de cesse d'appeler au soulèvement. Révolté, enfin, contre le clergé, qu'il critique ouvertement dans Les Nymphes des vallées (1906) et Les Ailes brisées (1912).

Gibran se livre à une longue diatribe contre la figure du prêtre dans Les Esprits rebelles (1908) : "C'est un traître. Les chrétiens lui donnent un livre saint, et en fait une nasse pour attraper leurs biens. C'est un hypocrite à qui les fidèles font porter une belle croix ; dont il faut une épée tranchante qu'il tient au-dessus de leurs têtes." Les autorités ottomanes ordonnèrent l'autodafé de l'ouvrage, tandis que le patriarcat maronite menaça son auteur d'excommunication, sans jamais en prononcer officiellement la sentence.

 

Rêves et union mystique

 

      Anticlérical, l'écrivain poète voue pourtant un attachement viscéral à Jésus, "la plus puissante personnalité de l'histoire". Pour lui, le "sublime crucifié" est l'incarnation même du rebelle.

"Depuis dix-neuf siècles, les humains adorent la faiblesse en la personne de Jésus, alors que Jésus était puissant, mais ils ne comprennent point le sens de sa véritable puissance. Jésus n'a pas vécu dans la pauvreté et dans la peur,et il n'est pas mort en souffrant et en se plaignant. Mais il a vécu en insurgé, il a été crucifié en rebelle et il est mort en géant." Dès son enfance, Khalil vit des expériences d'union mystique avec Jésus, qui lui apparaît régulièrement en rêve. En 1921, c'est un Christ magnétique qu'il représente, de profil, sur une toile. Et en 1928, il se livre à une expérience aussi originale qu'audacieuse dans son ouvrage Jésus fils de l'homme ; il y raconte la vie du Nazaréen à travers les témoignages imaginaires de 77 de ses contemporains, de Pierre à Ponce Pilate, en passant par Judas.

   

       S'estimant "citoyen du monde", Gibran ambitionne d'écrire un livre capable de répondre à la quête spirituelle de son époque, par-delà les cultures et les religions. Une synthèse des mystiques orientales et occidentales. "Votre idéologie, explique-t-il, parle de judaïsme, de brahmanisme, de bouddhisme, de christianisme et d'islam. Mon idéologie vous révèle qu'il n'est qu'une seule religion absolue à multiples aspects et à plusieurs sentiers, mais toujours unique, telle une main qui se ramifie en cinq doigts..."

 

       C'est dès 1899 qu'il s'attelle à ce projet, pour ne l'achever qu'en 1923. De Beyrouth à Boston, de Paris à New York, Khalil mûrit sa réflexion. " Le Prophète, confie-t-il, est un ouvrage auquel je pense depuis mille ans..." Le livre se présente comme un recueil d'aphorismes et de paraboles rédigées dans un style simple, lumineux. Il dévoile l'enseignement d'al-Moustapha ("Celui qui a été élu et purifié") aux habitants de la cité d'Orphalèse qui le questionnent sur la vie, l'amour, les enfants, l'amitié, Dieu. Le sage propose une éthique de vie simple et tolérante, ouverte sur soi-même et sur autrui. Mary Haskell ne s'y est pas trompée : "Ce livre, affirme-t-elle, comptera parmi les trésors de la littérature anglaise [...]. Il sera de plus en plus aimé au fur et à mesure que les hommes deviendront plus mûrs. Il est le livre qui respire le plus d'amour jamais écrit."

 

 

"Fils d'une même religion"


       Hymne à l'amour, l'enseignement de Khalil Gibran, prophète des temps modernes, reste d'une bouleversante actualité : "Tu es mon frère et je t'aime. Je t'aime, en prière dans ta mosquée, en vénération dans ton temple, en dévotion dans ton église, car toi et moi sommes fils d'une même religions : l'Esprit."

 

 

 

Virginie Larousse

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Published by Virginie Larousse - dans Portraits, biographies
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