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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 12:29

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CE QUE DIT

L'HOMME DE PEINE EST TOUJOURS HORS DE PROPOS

 

 

 

 

Un hiver tout en branches et dur comme un cadavre

Un homme sur un banc dans une rue qui fuit la foule

Et que la solitude comble

Place à l'appareil banal du désespoir

A ses miroirs de plomb

A ses bains de cailloux

A ses statues croupissantes

Place à l'oubli du bien

Aux souvenirs en loques de la vérité

Lumière noire vieil incendie

Aux cheveux perdus dans un labyrinthe

Un homme qui s'est trompé d'étage de porte de clé

Pour mieux connaître pour mieux aimer

 

Où commence le paysage

A quelle heure

Où donc se termine la femme

Le soir se pose sur la ville

Le soir rejoint le promeneur dans son lit

Le promeneur nu

Moins gourmand d'un sein vierge

Que de l'étoile informe qui nourrit la nuit

 

Il y a des démolitions plus tristes qu'un sou

Indescriptibles et pourtant le soleil s'en évade en chantant

Pendant que le ciel danse et fait son miel

Il y a des murs déserts où l'idylle fleurit

Où le plâtre qui se découd

Berce des ombres confondues

Un feu rebelle un feu de veines

Sous la vague unique des lèvres

Prenez les mains voyez les yeux

Prenez d'assaut la vue

 

Derrière les palais derrière les décombres

Derrière les cheminées et les citernes

Devant l'homme

Sur l'esplanade qui déroule son manteau de poussière

Traîne de fièvre

C'est l'invasion des beaux jours

Une plantation d'épées bleues

Sous les paupières écloses dans la foule des feuilles

C'est la révolte grave du plaisir

La fleur du lin brise les masques

Les visages sont lavés

Par la couleur qui connaît l'étendue

Les jours clairs du passé

Leurs lions en barre et leurs aigles d'eau pure

Leur tonnerre d'orgueil gonfant des heures

Du sang des aubes enchaînées

Tout au travers du ciel

Leur diadème crispé sur la masse d'un seul miroir

D'un seul coeur

 

Mais plus bas maintenant profondément parmi les routes abolies

Ce chant qui tient la nuit

Ce chant qui fait le sourd l'aveugle

Qui donne le bras à des fantômes

Cet amour négateur

Qui se débat dans les soucis

Avec des larmes bien trempées

Ce rêve déchiré désemparé tordu ridicule

Cette harmonie en friche

Cette peuplade qui mendie

 

Parce qu'elle n'a voulu que de l'or

Toute sa vie intacte

Et la perfection de l'amour.

 

 

 

 

 

Extrait La rose publique 1934 Paul Eluard

 

 

 

 

 

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Published by Paul Eluard - dans Au coeur de la poésie
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