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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 14:12
Poèmes à Lou - Apollinaire

Mon très cher petit Lou je t'aime

 

Mon très cher petit Lou je t'aime

Ma chère petite étoile palpitante je t'aime

Corps délicieusement élastique je t'aime

Vulve qui serre comme un casse-noisette je t'aime

Sein gauche si rose et si insolent je t'aime

Sein droit si tendrement rosé je t'aime

Mamelon droit couleur de champagne non champagnisé je t'aime

Mamelon gauche semblable à une bosse du front d'un petit veau qui vient de naître je t'aime

Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréguents je vous aime

Fesses exquisèment agiles qui se rejettent bien en arrières je vous aime

Nombril semblable à une lune creuse et sombre je t'aime

Toison claire comme une forêt en hiver je t'aime

Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous aime

Chute des épaules adorablement pure je t'aime

Cuisse au galbe aussi esthétique qu'une colonne de temple antique je t'aime

Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je vous aime

Chevelure trempée dedans le sang des amours je t'aime

Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime

Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime

Taille qui n'a jamais connu le corset taille souple je t'aime

Dos merveilleusement fait et qui s'est courbé pour moi je t'aime

Bouche ô mes délices ô mon nectar je t'aime

Regard unique regard-étoile je t'aime

Mains dont j'adore les mouvements je vous aime

Nez singulièrement aristocratique je t'aime

Démarche onduleuse et dansante je t'aime

Ô petit Lou je t'aime je t'aime je t'aime

 

Guillaume Apollinaire 

 

 

*******************************

 

 

Je pense à toi (Extrait Poème de Lou)

 

Je pense à toi mon Lou ton coeur est ma caserne

Mes sens sont tes cheveux ton souvenir est ma luzerne

 

Le ciel est plein ce soir de sabres d'éperons

Les canonniers s'en vont dans l'ombre lourds et prompts

 

Mais près de toi je vois sans cesse ton image

Ta bouche est la blessure ardente du courage

 

Nos fanfares éclatent dans la nuit comme ta voix

Quand je suis à cheval tu trottes près de moi

 

Nos 75 sont gracieux comme ton corps

Et tes cheveux sont fauves comme le feu d'un obus qui éclate au nord

 

Je t'aime tes mains et mes souvenirs

Font sonner à toute heure une heureuse fanfare

Des soleils tour à tour se prennent à hennir

Nous sommes les bats-flanc sur qui ruent les étoiles

 

Guillaume Apollinaire

 

***********************************

 

Si je mourais là-bas....

 

Si je mourais là-bas sur le front de l'armée

Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée

Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt

Un obus éclatant sur le front de l'armée

Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

 

Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace

Couvrirait de mon sang le monde tout entier

La mer les monts les vals et l'étoile qui passe

Les soleils merveilleux mûrissant dans l'espace

comme font les fruits d'or autour de Baratier

 

Souvenir oublié vivant dans toutes choses

Je rougirais le bout de tes jolis seins roses

Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants

Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses

Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants

 

Le fatal giclement de mon sang sur le monde

Donnerait au soleil plus de vive clarté

Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l'onde

Un amour inouï descendrait sur le monde

L'amant serait plus fort dans ton corps écarté

 

Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie

-Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie

De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur -

Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur

Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

 

Ô mon unique amour et ma grande folie

 

Guillaume Apollinaire

 

*********************************

 

Mes heures perdues

 

Quatre jours mon amour pas de lettre de toi

Le jour n'existe plus le soleil s'est noyé

La caserne est changée en maison de l'effroi

Et je suis triste ainsi qu'un cheval convoyé

 

Que t'est-il arrivé souffres-tu ma chérie

Pleures-tu ? Tu avais bien promis de m'écrire

Lance ta lettre obus de ton artillerie

Qui doit me redonner la vie et le sourire

 

Huit fois le vaguemestre a répondu

"Pas de lettre pour vous" Et j'ai presque pleuré

Et je cherche au quartier ce joli chie perdu

Que nous vîmes ensembles ô mon coeur adoré

 

Sans nouvelles de toi je suis désespéré

Que fais-tu ? Je voudrais une lettre demain

Le jour s'est assombri qu'il devienne doré

Et tristement ma Lou je te baise la main

 

Guillaume Apollinaire

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Published by Guillaume Apollinaire - dans Au coeur de la poésie
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